Deux nouvelles punaises prédatrices à suivre dans la région

Depuis quelques années, deux punaises prédatrices encore peu connues gagnent du terrain en Auvergne-Rhône-Alpes : Nagusta goedelii et Zelus renardii. Elles appartiennent à la famille des Reduviidae. Contrairement aux punaises phytophages qui peuvent occasionner des dégâts sur fruits : elles ne sont pas considérées comme des ravageurs des cultures. Les adultes comme les jeunes stades, sont prédateurs d’autres insectes.

Les Reduviidae sont parfois surnommées « punaises assassines » en raison de leur mode d’alimentation. Elles capturent leurs proies à l’aide de leurs pattes, les piquent avec leur long rostre, puis en aspirent le contenu.

A la différence des réduves triatomes hématophages(1), Nagusta goedelii et Zelus renardii ne sont pas hématophages : elles ne recherchent ni les humains ni les animaux pour se nourrir et ne sont pas connues comme vectrices de maladies humaines. Comme d'autres réduves prédatrices, elles peuvent toutefois infliger une piqûre défensive douloureuse si elles sont manipulées, du fait de leur rostre robuste.

Nagusta goedelii est originaire de l’Est du bassin méditerranéen, et a progressivement gagné l’Ouest de l’Europe. Elle a été signalée pour la première fois en France en 2014, dans les Alpes-Maritimes.

En Auvergne-Rhône-Alpes, l’atlas Biodiv’AURA enregistre des signalements depuis 2019, qui sont devenus plus nombreux au fil des années, jusqu’à atteindre 214 signalements pour la seule année 2025. FREDON AURA avait repéré sa présence en verger de poirier le 18 septembre 2025 à Chavanay (42). Elle a été observée récemment le 6 août, puis le 26 août 2026 dans une haie de noisetier à proximité de poiriers à Sablons (38).

L’adulte, long d’environ 12 à 16 mm, possède un corps brunâtre allongé et de longues pattes. La tête présente deux pointes caractéristiques situées au-dessus de l’insertion des antennes, et deux autres sont visibles sur les côtés du pronotum.

Zelus renardii est une réduve exotique originaire du continent américain. Son arrivée est plus récente, avec une première observation française signalée en 2019 dans le Var.

Sa première observation dans notre région date de 2023 d’après l’atlas Biodiv’AURA qui fait état de 49 observations sur 19 communes jusqu’à septembre 2026 avec une progression atteignant notamment Lyon et ses environs. Les observations du Bulletin de Santé du Végétal Cultures Fruitières relatent sa présence dans un jardin de particulier en Isère, en verger de pêcher et d’abricotiers de la Drôme à la fin du mois d’août et au début du mois de septembre 2026 avec de jeunes larves repérées (voir BSV Arbo n°23).

L’adulte, long de 10 à 14 mm, possède un corps très élancé et de longues pattes. Il présente généralement une coloration bicolore, brun-ocre à rougeâtre sur le dessus et vert-jaunâtre sur le dessous. Sa tête, étroite et allongée, ne possède pas les pointes caractéristiques de Nagusta goedelii. Ses pattes antérieures sont couvertes de soies produisant une substance collante qui facilite la capture des proies.

Le régime alimentaire de ces deux espèces en fait des auxiliaires potentiels, mais leur contribution réelle à la régulation des ravageurs reste encore à évaluer.

Celui de Nagusta goedelii demeure relativement mal connu. Cette réduve consomme différents insectes, notamment des pucerons, psylles, cochenilles et larves de Lépidoptères. Des travaux italiens(2) ont également démontré en laboratoire sa capacité à prédater les œufs et jeunes larves de premier stade de la punaise diabolique, Halyomorpha halys, ravageur majeur des vergers.

Le régime alimentaire de Zelus renardii est beaucoup mieux documenté. Une synthèse bibliographique portant sur 171 publications scientifiques recense 88 espèces-proies appartenant à neuf ordres d’insectes. Près de 49 % des espèces-proies recensées sont des Hémiptères(3). Parmi les proies, testées ou observées figurent notamment Philaenus spumarius (vecteur de Xylella fastidiosa), Drosophila suzukii (ravageur majeur des cerises et petits fruits rouges), différentes cochenilles ainsi que la mouche de l’olive, Bactrocera oleae.

Mais l'arrivée d'un prédateur généraliste n'est pas nécessairement synonyme de bénéfice pour l'écosystème. Zelus renardii peut également consommer des insectes auxiliaires notamment la chrysope Chrysoperla carnea, la coccinelle Adalia bipunctata ou encore l'abeille domestique Apis mellifera. Dans la synthèse de Lahbib et al., ces événements restent toutefois peu représentés parmi les observations de prédation réalisées en conditions naturelles.

Ces deux punaises prédatrices sont à surveiller attentivement dans la région. Leur présence ouvre des perspectives intéressantes pour la régulation biologique de ravageurs majeurs. Des observations et études complémentaires seraient toutefois nécessaires pour mieux connaître leur biologie, évaluer leur contribution réelle à la régulation des ravageurs et préciser leurs interactions avec les auxiliaires déjà présents.


(1) Pour plus d'informations concernant les Réduves trianomes, consulter l’article de l’Observatoire des Espèces à enjeux pour la santé humaine
(2) Bulgarini G. et al., 2021. Searching for new predators of the invasive Halyomorpha halys: the role of the black garden ant Lasius niger. Entomologia Experimentalis et Applicata. DOI: 10.1111/eea.13075.
(3) Lahbib N., Picciotti U., Sefa V., Boukhris-Bouhachem S., Porcelli F. & Garganese F., 2022. Zelus renardii Roaming in Southern Italy. Insects, 13, 158. DOI: 10.3390/insects13020158.
 

Pour aller plus loin

https://www.eauetphyto-aura.fr/
https://ambroisie.fredon-aura.fr/
https://agirmoustique.fr/
https://especes-risque-sante.info/
https://ambroisie-risque.info/
https://chenille-risque.info/